jeudi 14 février 2008

AIR FRANCE doit baisser ses tarifs sur Paris Brazza et Pointe Noire

Bonjour à tous,

La compagnie Air France, non seulement refuse la concurrence des autres compagnies aériennes mais maintient ses tarifs devenus de plus en plus inaccessibles pour la diaspora congolaise.
Les congolais payent-ils le manque à gagner de cette entreprise confrontée à la concurrence internationale ? Pourquoi ce cynisme à l'égard d'une population pourtant conciliante à tous égards ?

Il y a beaucoup à dire sur cette affaire. Mais le mieux est de lire attentivement ci-dessous la lettre d'un citoyen du monde adressée au PDG de la compagnie AIR FRANCE.

Paris le, 11 février 2007

A l’attention de Monsieur Jean-cyril Spinetta, Président-directeur général d’Air France

Monsieur le Président-directeur général,

Depuis des années, et plus exactement depuis la disparition de la compagnie africaine AIR AFRIQUE (RK), les autres compagnies aériennes ne pouvant, en raison de la règlementation actuelle, faire de vols directs entre Paris et le Congo, votre compagnie se trouve en situation de quasi-monopole dans la desserte des deux principales villes congolaises qui sont Brazzaville (la capitale) et Pointe-Noire (la capitale économique, ville pétrolière). Comme chacun le sait, la fréquence des vols d’AIR France (AF) entre Paris et ces deux destinations congolaises a régulièrement augmenté au cours des dix dernières années. Elle assure actuellement la desserte de Brazzaville trois fois par semaine, notamment les lundi, mercredi et vendredi. Et il semble que votre direction envisage de l’augmenter d’ici à l’été prochain.

Cet intérêt toujours plus grandissant qu’accorde votre direction à ces deux destinations congolaises confirme bien que le Congo reste la destination long courrier hyper-rentable, sinon la plus profitable de votre compagnie, notamment dans la conjoncture très morose et hyperconcurrentielle que traverse actuellement le secteur des transports aériens. D’après nos informations, votre chiffre d’affaires sur les deux seules destinations de Brazzaville et Pointe-Noire a été multiplié par cinq en dix ans et représente une part largement supérieure à celle de toutes vos autres destinations confondues. Pourtant vous n’avez pas de vols quotidiens sur le Congo. Cela est tout simplement scandaleux.

Au regard de ce qui précède, il est donc logique que ces deux destinations congolaises soient au centre de la stratégie commerciale de votre groupe. Cependant, force est de reconnaître que votre groupe qui a toujours vu d’un mauvais œil la venue de nouveaux concurrents sur le ciel congolais profite honteusement de la situation de ce pays qui souffre cruellement de la mauvaise gouvernance et de l’incompétence notoire de ses dirigeants actuels qui ne parviennent pas à doter ce pays riche en pétrodollars d’une compagnie aérienne nationale comme l’ont déjà fait d’autres pays anciens membres d’AIR AFRIQUE, pourtant nettement moins nantis que le Congo.

Il est évident que vos conditions tarifaires applicables actuellement sur les vols à destination de Brazzaville et de Pointe-Noire ne semblent pas reposer sur des bases claires et saines. Celles-ci sont scandaleusement profitables pour votre compagnie, faisant ainsi de Brazzaville et Pointe-Noire les destinations les plus chères du monde avec des billets allant jusqu’à 4800 euros en classe économique en basse saison. De plus, elles tirent vers le haut celles des autres compagnies « concurrentes » comme ETHIOPIAN AIRLINE, qui sont malgré tout obligées de tenir compte du fait que leurs vols sur le Congo ne sont pas des vols directs. Comparativement, vos conditions tarifaires sont très déséquilibrées tant vos tarifs restent exagérément élevés et ce, en dépit de nombreuses plaintes des pauvres voyageurs congolais qui, du reste, ne profitent pas de la manne pétrolière confisquée par le pouvoir prédateur et véreux de Mpila et ses proches. Pour eux, les pétrodollars coulent à flot. C’est ce qui explique qu’ils payent sans compter, à coup de plusieurs milliers d’euros (plusieurs millions de francs CFA), vos billets première classe et classe affaire, c’est aussi ce qui explique que tous vos vols entre Paris, Brazzaville et Pointe-Noire soient surbouqués dans un sens comme dans l’autre.

Comme vous pouvez le constater, cette manne pétrolière, ces pétrodollars congolais qui aiguisent vos appétits voraces ne profitent qu’à une poignée d’individus. Il est donc préjudiciable pour le congolais lambda de payer le prix fort pour l’achat d’un billet d’avion. Aussi, nous, le Collectif de la diaspora congolaise de France et d’Europe envisageons de mener dans les mois à venir une enquête comparative sur les conditions tarifaires des compagnies aériennes qui desservent les grandes capitales africaines. Cette enquête portera sur une période de dix ans et sera rendue publique afin que les congolais puissent comprendre l’escroquerie dont ils sont victimes de votre part depuis dix ans. Il est temps que cesse cette situation de quasi-monopole d’AIR FRANCE qui a toujours tenu à être la seule compagnie aérienne à desservir le Congo. D’ores et déjà nous demandons à M. Jean-cyril.spinetta et l’ensemble de la direction d’AIR FRANCE de réviser à la baisse leurs tarifs en direction du Congo, et nous rappelons que le Congo n’est pas la chasse gardée de la compagnie française, et que le jeu de la libre concurrence qui obéit à la loi de l’offre et de la demande doit jouer pleinement pour stimuler les choses et permettre ainsi de maintenir les niveaux de prix attractifs sur ces deux destinations congolaises.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Président-directeur général, en l’expression de notre considération distinguée.

Pour le Collectif de la Diaspora congolaise de France et d’Europe

Bienvenu MABILEMONO

lundi 28 janvier 2008

France - Afrique: Indépendance ou dépendance ?

Une fois de plus, j'ai lu pour vous un article qui nous renvoi à la figure le passé colonial de nos pays.
Bonne lecture et à bientôt.
MK.

Franc CFA et néocolonialisme monétaire

par Arnaud Zacharie


Au moment des indépendances, les ex-colonies françaises adoptent une
monnaie unique, le franc CFA (le franc CFA des Colonies Françaises
d'Afrique, créé en 1945, devient celui de la Communauté Financière
Africaine), attaché au franc français (parité fixe entre franc CFA et franc
français). Quoique monnaie africaine, le franc CFA est géré en dernier
ressort par la France, qui a pour mission d'assurer la parité entre les
deux monnaies. Cette réalité implique une véritable mainmise de l'Etat
français sur la politique monétaire africaine. Depuis janvier 1999 et
l'adoption de l'euro par la France, cette réalité s'est étendue à toute la
zone euro (la parité entre euro et FCFA a été fixée à 655,96 FCFA pour 1
euro).

La zone CFA se divise en trois sous-régions monétaires dirigées par trois
banques centrales respectives : l'UEMOA (Union économique et monétaire
ouest-africaine) est dirigée par la BCEAO (Banque centrale des Etats
d'Afrique de l'Ouest) et regroupe le Niger, le Togo, le Sénégal, le Mali,
le Bénin, le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire; la CEMAC (Communauté
économique et monétaire de l'Afrique centrale) est dirigée par la BEAC
(Banque des Etats d'Afrique centrale) et regroupe le Cameroun, la
Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad; enfin,
la BCC (Banque centrale des Comores) dirige la politique monétaire de la
République fédérale islamique des Comores.

Les statuts de ces banques centrales, bien que réformés en 1973, restent
nettement à l'avantage de l'ex-métropole. En effet, celle-ci peut
légalement bloquer toute décision monétaire au sein de la zone CFA. Ce
droit est assuré par la présence de représentants dans les conseils
d'administration respectifs : la BEAC est dirigée par treize
administrateurs, dont trois Français (article 3); la BCEAO est dirigée par
seize administrateurs, soit deux par pays membres et deux Français (article
49); enfin, la BCC est dirigée par huit administrateurs, dont quatre
Français (article 34).
Or, la BEAC ne peut délibérer qu'en présence d'au moins un administrateur
par Etat membre et un administrateur français (article 38), la BCEAO doit
prendre les décisions capitales à l'unanimité (article 51) et la BCC ne
peut adopter de décision qu'avec l'accord d'au moins cinq des représentants
(article 38). Cela signifie clairement qu'aucune décision monétaire au sein
de la zone CFA ne peut se prendre sans l'aval de la France.

Les enjeux d'un tel système sont évidents : la France a conservé des
relations commerciales et financières très développées avec ses anciennes
colonies. Aussi, la meilleure façon d'assurer la sécurité de ces relations
est d'assurer une stabilité monétaire entre les deux zones. Cette stabilité
est assurée par le lien fixe entre le franc français et la zone CFA : la
parité et la libre convertibilité sont assurées par le Trésor français. Une
telle garantie rassure les investisseurs français, puisque aucun risque de
convertibilité ne vient entraver le rapatriement régulier de leurs
bénéfices.

Les avantages présentés aux Africains sont quant à eux des plus artificiels
: outre l'attrait des investissements directs à l'étranger (IDE), qui comme
on l'a vu restent des plus timides, le franc CFA est censé épargner les
risques de change avec la zone euro et donc faciliter l'accès au marché
unique européen. Or, cet accès reste limité par les mesures de
protectionnisme permises à l'Union européenne par les accords de l'OMC
(aussi bien pour les produits manufacturés que pour les produits
agricoles). En outre, les relations commerciales sont largement restreintes
à l'exportation de matières premières, dont les prix sont à l'avantage des
pays riches du Nord (termes de l'échange).

Un autre avantage présenté aux Africains est qu'une monnaie unique facilite
la coopération entre les différents pays membres (ce qui empêche une
balkanisation monétaire de l'Afrique). Malheureusement, le fait que cette
monnaie unique soit gérée par une autorité extérieure empêche qu'elle soit
gérée dans ce but d'unité intérieure. En effet, l'Union européenne, en
héritant des accords franco-africains, a juridiquement toute liberté de
modifier selon ses intérêts la parité entre franc CFA et euro. C'est elle
également qui intervient au nom des pays africains sur le marché
international des devises pour défendre sa monnaie (les banques centrales
africaines n'ont donc aucune existence juridique sur le marché des changes).

A l'analyse, ces avantages sont non seulement artificiels, mais aussi
contre-productifs. Pour mesurer à quel point, il est nécessaire de
comprendre la logique qui sous-tend la mondialisation économique actuelle.
Au sommet de la hiérarchie mondiale, l'Europe occidentale et l'Amérique du
Nord visent une croissance basée sur l'importation de matières premières et
l'accumulation de capitaux et de technologies. Parallèlement, chacune des
deux régions cherche à asseoir la suprématie mondiale de sa monnaie. C'est
pourquoi l'objectif de monnaie forte et stable est prioritaire pour les
banques centrales de ces pays.
Le problème est qu'une telle politique monétaire est incompatible avec les
intérêts africains. D'abord, la politique de hauts taux d'intérêt appliquée
par l'Union européenne (et donc imposée à la zone CFA selon les accords
monétaires en application) pour attirer les capitaux internationaux est
nuisible à l'économie africaine, car elle implique des crédits trop élevés
pour les entrepreneurs locaux. Cet obstacle empêche les petites et moyennes
entreprises africaines d'exister, par manque de financement.

Ensuite, les relations commerciales de la zone CFA avec le reste de
l'Afrique et du Tiers Monde se trouvent handicapées par la politique de
monnaie forte imposée par l'Europe : le franc CFA étant surévalué par
rapport aux autres monnaies du Sud, les produits libellés en FCFA
deviennent trop chers pour ces pays. L'Afrique de la zone CFA se retrouve
ainsi coupée des marchés du Sud et condamnée à exporter des matières
premières bon marché vers le Nord (l'objectif final de l'Europe étant
évidemment la cotation des matières premières de la zone CFA en euro et
donc l'élimination de tout risque de change pour son approvisionnement).

Enfin, le principe du compte d'opérations, à la base de tout le système,
implique pour l'Afrique de la zone CFA une rigueur budgétaire exacerbée et
des fuites massives de capitaux vers l'Europe, ce qui représente pour la
région une véritable institutionnalisation de l'appauvrissement
socio-économique.

Le principe du compte d'opérations est simple et s'appuie sur le fait que
la France est chargée de garantir la convertibilité des deux monnaies. En
contrepartie de cette garantie, les banques centrales africaines (BCEAO,
BEAC et BCC) doivent verser 65% de leurs réserves de change (leurs avoirs
extérieurs) sur un compte du Trésor français appelé compte d'opérations.
Chacune des trois banques centrales de la zone CFA possède ainsi un compte
d'opérations ouvert à son nom par le Trésor français. A l'origine, les
banques centrales devaient verser 100% de leurs avoirs extérieurs sur ce
compte, mais depuis la réforme de 1973, ce montant a été réduit à 65% (le
reste devenant utile pour le remboursement de la dette extérieure).

Le Trésor français, fort de ces réserves, est ensuite chargé de fournir aux
banques centrales les fonds dont elles ont besoin. Selon le montant de ces
besoins et celui des avoirs extérieurs transférés vers le Trésor français,
le compte d'opérations se retrouve soit débiteur (les banques centrales
africaines doivent alors payer des intérêts au Trésor français), soit
créditeur (la France doit alors payer des intérêts aux pays CFA).

De 1962 à 1980, le compte d'opérations est largement excédentaire en faveur
de l'Afrique (l'excédent atteint jusqu'à 8,9% des réserves de change de la
France). Depuis lors, la tendance déficitaire s'est progressivement
accentuée, alors que les accords exigent qu'une situation déficitaire soit
rapidement corrigée. L'Afrique de la zone CFA entre alors dans une double
phase imposée d'austérité et d'évasion de capitaux : alors que les plans
d'ajustement imposent une réduction des budgets publics, le déficit des
comptes d'opérations dicte la même conduite à des pays financièrement
asphyxiés. Parallèlement, alors que les revenus d'exportation sont
largement destinés au remboursement de la dette, une part considérable de
ce qu'il en reste sont versés sur les comptes d'opérations déficitaires.

Entre 1986 et 1991, les cours des matières premières ont beau chuter
inlassablement, la zone CFA verse 65% de ses avoirs au Trésor français. Un
mécanisme tout particulièrement cynique se met alors en route : "Au moment
où les recettes d'exportations garnissent les caisses de l'Etat français,
les Africains souffrent des affres du sous-développement et excellent dans
la mendicité de l'aide financière internationale généreusement octroyée par
la France en puisant dans leurs propres avoirs extérieurs déposés en compte
d'opérations ouverts à Paris." (Agbohou, 1999, p. 70)
Le rôle de la France est ainsi on ne peut plus aisé dans ce système,
surtout qu'elle peut dans le même temps utiliser l'excédent d'un pays pour
boucher le déficit d'un autre. Parallèlement, la France peut s'allier au
FMI et pousser à ce que ces pays adoptent des plans d'ajustement
assainissant leurs finances publiques -- la France appuiera par exemple en
1996 le putsch au Niger d'Ibrahim Maïnassara contre le président Mahamane
Ousmane, devenu réticent envers les plans d'ajustement du FMI et de la
Banque mondiale (Agbohou, 1999, pp. 112-120). La santé et l'éducation sont
ainsi sacrifiées au nom d'une parité fixe à conserver (en plus d'une dette
à rembourser). On comprend mieux les motivations françaises, lorsqu'en 1996
au Niger

Selon les statuts de l'accord, lorsque les avoirs extérieurs sont jugés
insuffisants pour combler le déficit du compte d'opérations, la France peut
décider unilatéralement la dévaluation du franc CFA. C'est ce qu'elle fait
en janvier 1994 avec la dévaluation de 50% du franc CFA. Du coup, 1 franc
français qui valait 50 FCFA hier vaut 100 FCFA aujourd'hui. Et les avoirs
extérieurs versés par la zone CFA sur le compte d'opérations doublent en
valeur relative (le compte d'opérations s'améliore de 11 milliards de
francs français en 1994).

En outre, l'aide publique au développement (APD) versée par la France en
franc français double de valeur en franc CFA (1 million de francs français
équivalent désormais à 100 millions de CFA, contre 50 millions avant la
dévaluation).

Une nouvelle fois, les intérêts de la France sont en phase avec les
politiques d'ajustement du FMI et de la Banque mondiale. En effet, les
plans d'ajustement débutent traditionnellement par une double thérapie de
choc : la hausse des taux d'intérêt (pour attirer le capital international)
et la dévaluation.

Le but de la dévaluation est d'accentuer la compétitivité des exportations
: vu que les matières premières sont cotées en dollar, elles deviennent
moins chères pour l'extérieur et donc plus alléchantes après une
dévaluation (en effet, alors qu'avec 1 franc français on pouvait acheter un
ananas de 50 FCFA, depuis la dévaluation on peut acheter deux ananas avec
le même franc).
Parallèlement, un pays exportateur gagnera le double en monnaie nationale
pour un même produit après une dévaluation de 50% (la valeur du dollar en
franc CFA étant deux fois plus élevée qu'avant la dévaluation,
l'exportation d'un baril de pétrole à 25 dollars rapportera 17 500 FCFA
après la dévaluation, alors qu'il ne rapportait initialement que 8 750
FCFA).

Le problème est que simultanément, le prix des importations augmente
d'autant, ce qui peut engendrer un déficit de la balance commerciale et une
inflation importée (il faut 100 000 FCFA pour importer un produit de 1 000
FRF, alors qu'il ne fallait que 50 000 FCFA avant la dévaluation). C'est
précisément ce qui affecte les pays de la zone CFA en 1994 : le prix des
produits alimentaires et des produits importés augmente de plus de 50% et
celui des carburants de 20 à 30%.

Heureusement, les cours des matières premières reprennent quelques couleurs
en 1995-1996 (hausse de 25% des produits de base non pétroliers entre 1993
et 1996), ce qui stabilise temporairement le déficit commercial.

Mais la brutalité du choc ne laisse pas tout le monde indemne : si
l'augmentation des prix dépasse 50%, celle des salaires ne dépasse pas 15%,
ce qui aboutit à une chute du pouvoir d'achat relatif des populations.

En outre, vu que le franc CFA a perdu la moitié de sa valeur, l'importateur
français peut acheter deux ananas pour 50 FCFA au lieu d'un seul avant la
dévaluation, ce qui contraint les pays de la zone CFA à exporter le double
de produits pour acquérir une même somme de devises étrangères. Cela
aboutit à une dilapidation des ressources naturelles et à des dégâts
environnementaux considérables (déforestation, monocultures industrielles
détruisant les terres cultivables, etc.).

Enfin, l'investissement réel n'est en rien stimulé par une telle mesure,
bien au contraire : l'augmentation du volume des exportations de produits
primaires ne répond pas à une croissance de la demande dans les pays
riches, tandis que les investisseurs doivent importer des biens
d'équipement à des prix croissants, ce qui les décourage. A l'arrivée,
l'effet de dopage sur le volume des exportations prophétisé par le FMI ne
se vérifie guère sur le terrain et la sous-industrialisation du continent
se perpétue.

Le peu d'investissements privés étrangers qui s'opèrent au sein de la zone
CFA ne sont d'ailleurs que peu profitables à l'économie locale : l'accord
de coopération monétaire entre le franc français et le FCFA implique une
liberté totale des transferts de capitaux entre les deux zones. Cette
liberté aboutit à un rapatriement massif des bénéfices des investisseurs
étrangers vers leur maison-mère et à un exode des revenus des ménages
expatriés vers leur pays d'origine : entre 1970 et 1993, alors que les
investissements étrangers s'élevaient à 1,7 milliards de dollars, le
rapatriement des bénéfices et des revenus d'expatriés s'est élevé à 6,3
milliards. Les rapatriements ont donc été quatre fois supérieurs aux
investissements (Agbohou, 1999, p. 87).

Une telle réalité a évidemment le don de tuer tout espoir de constitution
d'une épargne locale, pourtant indispensable au développement de l'Afrique.
Le pire est que ce système aboutit à une véritable institutionnalisation
durable de la fuite des capitaux africains (d'où déficit de la balance des
paiements, endettement, dépendance envers l'extérieur et
sous-développement).

En résumé, les quatorze pays africains de la zone CFA sont privés
d'autonomie monétaire, condamnés à l'austérité, aux hauts taux d'intérêts
et aux dévaluations à répétition, impuissants face à l'exode massif des
capitaux et privés d'investissements productifs. Limités à l'exportation de
matières premières vers l'Europe, ces pays sont coupés du reste du Sud,
dépendants de fluctuations extérieures et condamnés à affecter leurs avoirs
extérieurs au remboursement de la dette et au compte d'opérations. Sans
capacité budgétaire, comment s'étonner que les pouvoirs publics ne peuvent
garantir l'éducation, la santé et l'alimentation aux populations locales ?

jeudi 13 décembre 2007

Congo Brazza. Le cri de coeur de Jean Obélé

En parcourant sur la toile, je suis tombé par hasard sur un article de presse qui ressemble à un crie de coeur de son auteur. Visiblement c'est un enfant blessé par ce qu'il voit au pays. C'est hélas la dure réalité.



Comment voulez-vous être en bonne santé dans de telles conditions. Même manger devient une loterie. Ce qui est plus inquiétant, c'est la résignation de la population, convaincue que rien ne sera plus comme avant et que tout le monde s'en fiche!



Je vous laisse parcourir un texte qui en dit long sur l'état socio-sanitaire du pays. Bon courage.



Le Congolais mange très mal Écrit par Jean Martin Obélé 11-12-2007 Mes amis, je me demande par où il faut commencer cet article.



J'ai pris un peu de temps avant de vous proposer un titre. Ce temps de réflexion s'explique : j'ai épuisé tous les titres sur le sujet de l'insalubrité à Brazzaville ou au Congo. Ainsi, nous avions traité des cochons et moutons qui se promènent dans la ville, du sable dans les rues jamais balayées, des trous partout, de la mauvaise herbe, des ordures qui jonchent les rues et avenues, des bourbiers, de la gadoue... Tout a été dit mais rien n'a été fait.



Les bras croisés on a attend maintenant la municipalisation accélérée*Hôpital : pas d'ascenseur. On doit payer des porteurs... Quel titre donner alors à cette dépêche du Congo profond ou du vrai Brazzaville ? Lors d'une de mes promenades vers la grande poste j'ai pensé acheter un journal. Mais quel journal acheter quand on sait que presque tous ne traitent que de l'élection à la tête du Sénat d'un vieil enseignant pourtant oublié par l'histoire ? Enfin ! J'ai tout de même choisi le journal « Baobab » No. 042 du 4 au 19 décembre 2007 : les articles me semblaient bien présentés.

Rentré à la maison j'ai eu envie de vite dévorer ce journal. A son ouverture, je suis reçu par un papier qui me coupe l'appétit avant de me donner de la fièvre : « Le Congolais mange très mal », constate Maurice Nguesso. Mes amis, j'ai lu cet article plusieurs fois pour mieux le comprendre. En fait, « Baobab » cite Maurice Nguesso, le frère aîné du président de la République, devenu un confrère au sein du journal « Le Fanion ». Selon « Baobab », c'est dans « Le Fanion » 026 du 24 octobre 2007 que Maurice Nguesso déclare dans l'éditorial que « Le Congolais, surtout celui de Brazzaville, mange très mal ces derniers temps. Il est même contraint, parfois, à des jeûnes forcés. Car il n'a pas les moyens de faire autrement. Sa poche plutôt trouée n'est plus capable de combler les exigences du marché. Et le voilà condamné à consommer du moins cher exposé, sans protection aucune, dans la rue. Il emprunte, par conséquent, le chemin de la maladie.
Et comme il n'a plus non plus d'argent pour se soigner, bonjour les dégâts », dit-il. Mawo ! nkui ! (Bon Dieu ! Je suis mort). Un frère du Président qui écrit cela !S'agit-il d'un homme du sérail qui en a marre de voir ses compatriotes souffrir ? Nous rejoint-il ? Ou simplement, se moque-t-il des Congolais ? L'auteur anonyme de l'article du « Baobab » commente ce papier en écrivant ce qui suit : « Ce constat, rappelons-le, est bien de Maurice Nguesso, frère ainé du Président. L'homme n'est ni Ngouélondélé-Mongo, ni Kignoumbi Kia Mboungou, encore moins Pascal Tsaty Mabiala, ces pires aveugles qui toujours s'obstinent à ne pas vouloir voir ce que tous les autres voient et touchent ». Ironique bien sûr ! De la même veine que ce que disait Lekoundzou à Milongo en 1992 : « Ba tambola na ba nzela kasi ba mona ba nzela yango té » (ils se promènent sur les routes mais ne voient jamais ces routes). Cet article de notre « confrère » Maurice Nguesso ne nous surprend pas. Lui au moins a pris le courage de l'écrire. Les autres, qui soutiennent son frère, gardent le silence devant celui qui reste leur chef mais s'expriment dans les veillées mortuaires. Presque tous disent que le pays vit dans le chaos. Presque tous ne comprennent pas ses choix économiques. Tous ne comprennent pas pourquoi le chef de l'Etat ne fait rien de concret avant, pendant et après la municipalisation.

Il y a quelques jours un sous-préfet d'un district du Niari se plaignait que rien de concret n'a été fait chez lui pendant la municipalisation accélérée. Il a parlé des " éléphants blancs ". Marché à Brazza. Fruits et légumes dans la gadoue Effectivement chers amis, depuis ma naissance jamais je n'ai vu la saleté qu'il y a aujourd'hui à Brazzaville. Depuis le 1er décembre 2007, les pluies tombent dans la capitale presque tous les jours. Alors " bonjour les dégâts ", comme le dit notre « confrère » Maurice Nguesso. Des quartiers entiers sont dans l'eau, les ordures jonchent les rues, les bourbiers sont visibles partout et les routes déjà dégradées, se dégradent davantage. Aujourd'hui, sur l'avenue de l'OUA, seul le coté droit est utilisé de Total à Bifouiti. Le coté gauche est devenu impraticable.



Le « trou Kolélas » a repris son élan. Les travaux de canalisation de cette avenue commencée il y a quelques semaines sont arrêtés. Le Blanc a remballé ses bilokos et foutu le camp. Il n'y aurait plus de l'argent pour cette avenue. Les travaux de l'avenue de l'Intendance à Ouenzé commencés depuis des mois ne sont jamais achevés.

Les tuyaux d'eau se cassent à Kinsoundi. Entre-temps, les Congolais vendent des aliments assis presque sur les ordures avec des mouches de toute couleur et de toute taille. Tous les marchés de Brazzaville sont devenus des zones dangereuses qui nous préparent une autre épidémie de choléra ou de fièvre typhoïde. Pourquoi les Congolais deviennent-ils si négligents ? Les hommes au pouvoir ont des avions médicalisés pour aller se faire soigner en Europe (1), mais nous, qu'avons-nous ? Y a-t-il encore un ministère de la Santé au Congo ? Un ministère de l'environnement ? Des Travaux publics ? Des Droits de l'Homme au moment où on célèbre 59 ans de la Déclaration universelle des droits de l'homme ? Que fait la Mairie Centrale ? Comme l'a dit Me Djolani hier soir sur Télé Congo, parlant des populations de Kombé qui suffoquent dans la poussière des carrières et de gros camions alors que la route n'est pas bitumée, « le gouvernement est démissionnaire ». Il assiste et voit sans broncher les Congolais mourir.



Enfin chers amis, une publicité tribale me gêne sur Télé Congo. Il va bientôt se tenir une réunion des « managers congolais » à Owando. Ces managers sont les directeurs généraux de Sotelco, du Port de Pointe Noire, du CHU, de Cogelo, de la SNDE, de l'OCI, autant de compagnies qui sont presque toutes en faillite.

Le plus curieux c'est que les fameux managers qui doivent se rendre à Owando semblent être tous, sauf erreur, originaires de la même région du pays. De quoi vont-ils aller parler là-bas ? Mystère boule de gomme. Beaucoup de Congolais pensent qu'il s'agit là encore de gaspillage de l'argent du contribuable congolais, d'une jouissance perverse teintée d'un triomphalisme obscur. Oui les Congolais mangent très mal. Suffit-il de le déclarer ? (1) A la question de savoir pourquoi les Congolais fortunés aiment mieux aller se faire soigner en Europe, Henri Lopes, ambassadeur du Congo en France a répondu il y a quelques jours, lors d'une interview : « Ce ne sont pas les médecins qui manquent au Congo, notre université en forme beaucoup.



L'argent a été versé pour l'entretien de l'hôpital général ». Puis il a précisé : « mais le Congolais s'est (...) habitué à cet état de délabrement de l'hôpital que personne ne pouvait s'émouvoir du détournement de ces crédits. C'est une question de culture. Chez nous, chaque fois que l'on construit un chemin, on oublie d'entrevoir les égouts ou l'entretien ».



Jean Martin Obélé
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